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Ce
fut au temps d'Assuérus... Il y a de très nombreuses années, dans le
lointain pays de Perse,
régnait le méchant roi Assuérus. Il habitait un magnifique palais à
Suse, la capitale.
Il était
très riche et très puissant. Il dominait sur de nombreux peuples,
dans un immense royaume qui s'étendait de l'Inde à l'Ethiopie. Mais
il haïssait les enfants d'Israël qui avaient été exilés dans son
pays et qui souffrirent beaucoup sous son règne.
Sa femme,
la reine Vachti, était tout aussi cruelle que lui. Elle faisait
travailler très durement les jeunes juives, les humiliait et les
forçait à profaner le Shabbat. Mais elle ne tarda pas à être
punie, comme vous allez le voir.
Un
jour, trois ans après être monté sur le trône, Assuérus, voulut
exposer à tous, sa gloire et ses fabuleuses richesses. Il organisa
alors, pour les princes et les courtisans du royaume, un immense
festin qui devait durer cent quatre-vingts jours !
Ces
festivités terminées, il invita ensuite toute la population de Suse,
du plus grand au plus petit, à participer à un somptueux banquet de
sept jours dans les jardins du palais.
Quelle
magnificence ! Sur le sol dallé de marbre blanc et coloré, avaient
été installés des lits d'or et d'argent, recouverts de belles
tentures de brocart ! Chacun pouvait boire et manger à sa guise ! On
y servait en abondance, dans de la vaisselle très précieuse, les
mets les plus raffinés et les vins les plus vieux. Mais ce méchant
roi, pour se vanter, utilisa aussi les ustensiles sacrés que ses
prédécesseurs avaient volés au Bet Hamikdach. Quel
sacrilège !
La reine
Vachti, elle aussi, offrit un festin à toutes les femmes de la
ville. Evidemment, la population de la capitale n'allait pas se
priver de profiter de cette magnifique fête !
À Suse vivait un Juif, un Tsadik, appelé Mordekhaï. C'était un
grand Sage, un des membres du Sanhédrin. Lorsqu'il eut
connaissance de l'invitation du roi, il prit peur et avertit les
Juifs : « Mes frères, n'y allez pas ! N'y participez pas ! Il nous
est interdit de profiter du repas d'un racha ! »
Mais les
Juifs n'écoutèrent pas leur Maître. Craignant la réaction d'Assuérus,
la plupart d'entre eux se rendirent au palais. Quelques-uns
seulement obéirent à Mordekhaï.
À ce
moment-là, à cause de leur péché, une terrible décision fut prise
dans le Ciel !
Le septième
jour du banquet (c’était un shabbat), le roi, qui avait bu
beaucoup de vin, était d’humeur très gaie. Que fait-il ? Il ordonna
à Vachti de se présenter devant les invités avec sa couronne sur sa
tête, afin de montrer, à tous, sa beauté.
Or, au même
moment, Vachti venait de recevoir sa punition : envoyé par Hachem,
l'ange Gabriel lui avait fait pousser une corne ! Quelle honte !
Bien sûr, elle refusa de s'exhiber ainsi chez le roi !

Complètement
ivre, Assuérus entra dans une violente colère. « Quel châtiment
vais-je donner à cette femme rebelle demanda-t-il à ses conseillers.
« Majesté ! » Intervint le ministre Memouhan, « pour avoir désobéi à
son illustre mari, la reine mérite la mort. » Assuérus écouta son
conseiller et fit immédiatement exécuter Vachti. Elle qui avait
forcé les jeunes juives à transgresser le shabbat reçut son
châtiment un jour de shabbat, comme elle l'avait mérité (mida
kenéguèd mida) !
Peu de
temps après, lorsque le roi se fut calmé et qu'il n'était plus grisé
par le vin, il se souvint de Vachti et de ce qu 'il lui avait fait.
« Malheur à
moi ! » Se lamenta-t-il. « Je n'ai plus de reine ! » « Majesté ! »
Proposèrent ses serviteurs, « nous allons rassembler pour vous
toutes les plus belles jeunes filles du royaume parmi lesquelles
vous n'aurez qu'à vous choisir une nouvelle femme ! »
Et il en
fut ainsi.
A Suse vivait alors une bonne et pieuse
jeune fille qui s'appelait Esther. Elle n'avait plus son père ni sa
mère et Mordekhaï, son cousin, l'avait recueillie chez lui. Elle
suivait toujours fidèlement à son enseignement. Lorsque les gardes
du roi remarquèrent sa beauté, ils la ravirent immédiatement pour
l'amener au palais. Quel malheur ! Esther ne voulait pas qu'on la
prenne pour être choisie comme reine !
Juste avant
son enlèvement, Mordekhaï avait eu le temps de lui chuchoter :
« Esther, même dans le palais de ce méchant roi, n'oublie jamais les
Mitsvot de la Torah ! Et surtout, ne révèle à personne
tes origines, de quel peuple tu viens ! » « Mordekhaï », avait-elle
courageusement répondu, « je te promets de t'obéir fidèlement ! »
Au palais
royal, une multitude de jeunes filles de toutes les nationalités
avaient été rassemblées. Esther gagna immédiatement la bienveillance
du garde des femmes, qui lui accordait tout ce qu'elle demandait.
Mais son seul désir était de pouvoir continuer d'observer les
Mitsvot. Grâce aux sept servantes qui avaient été mises à sa
disposition et qui se relayaient tout au long de la semaine, elle
réussit à tenir le compte des jours et à garder le shabbat.
Elle se nourrit uniquement de graines et ne toucha jamais à un
aliment non cachère.
Quant à
Mordekhaï, il se rendait chaque jour devant la cour du palais pour
prendre des nouvelles d'Esther.
Toutes les
jeunes filles attendaient impatiemment leur tour pour être
présentées au roi et chacune espérait être choisie comme reine.
Elles se parfumaient, elles se paraient de bijoux pour paraître
aussi belles que possible.
Mais Esther
ne fit aucun effort de ce genre. Elle ne souhaitait aucunement
devenir la femme de ce méchant roi ! Et pourtant, quand son tour
arriva, c'est précisément elle qui trouva grâce aux yeux d'Assuérus.
Il la couronna et elle devint ainsi reine de Perse à la place de
Vachti. Pour l'occasion, le roi offrit un grand banquet. Malgré les
insistances de son mari, Esther ne lui révéla toujours pas ses
origines, respectant ainsi les instructions de Mordekhaï qui
continuait, quant à lui, de venir régulièrement près du palais.
Un
jour, deux gardes du roi - Bigthan et Thérech - qui étaient en
colère contre Assuérus, complotèrent contre lui.
« Pif
kaï tchouk, pouf tai moun », chuchotèrent-ils en tharcite,
« voilà comment nous allons empoisonner le roi... » Ils pensaient
que personne ne comprenait leur langue. Ils ignoraient que Mordekhaï,
assis là, aux portes du palais, était un membre du Sanhédrin
et qu'il connaissait donc toutes les langues.
Lorsque ce
dernier entendit ce qu'ils projetaient de faire, il alla
immédiatement en informer Esther.
Celle-ci
s'empressa d'avertir le roi :
« Majesté !
Mordekhaï le Juif a entendu que vos gardes Bigthan et Térech veulent
attenter à votre vie ! Il m'a chargée de vous prévenir afin de vous
sauver ! »
Très
effrayé, Assuérus procéda aussitôt à des vérifications. En effet, on
trouva que le repas qu'on allait justement lui servir était
empoisonné !
Les deux
conspirateurs furent pendus. Rempli de reconnaissance envers
Mordekhaï, le roi fit inscrire son nom dans son Livre de Mémoires.

Quelque
temps après, Assuérus fit monter en grade son conseiller Haman, fils
d’Hamdata, qu'il nomma à la tête de tous les ministres. Sur l'ordre
du roi, tout le monde devait se prosterner devant Haman. Le cœur de
celui-ci s'emplissait d'orgueil au spectacle de tous ces hommes se
courbant à son passage.
« Qui est
aussi important que moi ? » Pensait-il. « Qui est puissant comme moi ?
Tous les sujets du royaume me sont soumis ! Je suis comme un
dieu ! »
Au comble
de la vanité, Haman accrocha sur sa poitrine l'image d'une idole !
Tous,
craignant l'ordre du roi, s'inclinaient devant Haman et son idole.
Tous, sauf Mordekhaï ! Mordekhaï le Tsadik ne voulait à aucun
prix se prosterner devant cet homme qui se prenait pour un dieu, et
encore moins devant son idole ! Les serviteurs du roi lui
demandèrent : « Pourquoi désobéis-tu au roi ? Ne crains-tu pas
d'être sévèrement puni ? » Mordekhaï leur répondit : « Non, je n'ai
pas peur ! Il est interdit aux Juifs de se prosterner devant une
idole et jamais je ne le ferai ! » Et malgré leurs insistances,
Mordekhaï ne céda jamais. Haman en fut averti. Lorsqu'il constata
que Mordekhaï, effectivement, ne se courbait jamais devant lui, il
entra dans une vive colère et pensa : « Comment ose-t-il me tenir
tête ? Quel châtiment exemplaire vais-je lui infliger ? Il mérite la
mort ! Mais il ne me suffit pas de le tuer tout seul. Puisque
Mordekhaï est juif, c'est tout son peuple, ce sont tous les Juifs
que je veux faire disparaître !
Et le
méchant Haman commença à mettre au point son terrible projet :
« Tout
d'abord », pensa-t-il, « fixons une date pour cette extermination.
Voyons…quel serait le meilleur moment ? Aux environs de leur fête de
Pessakh ? ... Peut-être de Chavouot? Ou alors de
Souccot ? Ah non ! Comme les Juifs observent de nombreux
commandements pendant ces périodes, leur Dieu les protège
particulièrement. »
Haman
réfléchit, réfléchit, et finalement, décida…de tirer au sort ! Il
inscrivit le nom de tous les mois sur des bouts de papier qu'il plia
soigneusement et les mélangea dans une boîte. Il retira ensuite un
billet, l'ouvrit et lut : « Mois d’adar », « Parfait se
réjouit Haman, les Juifs ne célèbrent aucune fête pendant ce
mois-ci ! Mais quel jour exactement va-t-on perpétrer le massacre ?
Tirons à nouveau au sort ! »
Il sortit
un nouveau papier où était inscrit le nombre treize. Haman était
maintenant fixé : Ce serait donc le treize du mois d'adar. Il
s'empressa de se rendre chez le roi pour obtenir son autorisation.
« Majesté ! » Dit-il, « Savez-vous qu'il y a un peuple très étrange
éparpillé dans tout votre royaume ? Ses membres ont des coutumes
particulières et ne se conduisent pas comme les autres nations. Ils
n'obéissent pas aux ordres de Sa Majesté. Lorsqu'on leur demande
d'effectuer des travaux pour le pays, ils disent : « C'est
shabbat aujourd'hui, nous n'avons pas le droit de travailler !
Le roi n'en retire vraiment aucun profit ! Que Sa Majesté décrète
leur extermination et je ferai parvenir au trésor royal la somme de
dix mille écus d'argent ! »
Le méchant
Assuérus fut très heureux de la proposition. « Voici ma bague »,
dit-il à Haman en lui tendant l'anneau royal, « tu pourras
l'utiliser pour cacheter de mon sceau tous les édits que tu voudras.
Je te cède tous les pouvoirs sur ce peuple, fais-en ce que bon te
semble ! Quant à l'argent, il est à toi, garde-le ! »
Haman se
mit immédiatement à l’œuvre. Il fit écrire par les scribes de la
cour des missives dans toutes les langues du royaume. Au nom de Sa
Majesté, on y donnait l'ordre à l'ensemble de la population de se
tenir prête à piller et à tuer tous les Juifs, du plus jeune au plus
vieux, y compris les femmes et les enfants, cela en un seul jour, le
treize du mois d’adar !
Des
messagers furent chargés de remettre au plus vite les lettres
scellées dans toutes les provinces du royaume. Assuérus et Haman se
mirent à boire joyeusement pour fêter leur accord, mais chez les
Juifs de Suse, ce fut la consternation !
Mordekhaï
apprit l'effroyable nouvelle. Il savait que c'était à cause de leurs
péchés et de leur participation au festin que ce terrible décret
avait été promulgué contre les Juifs.
Il déchira
ses vêtements, se couvrit d'un habit de deuil et parcourut les rues
de la ville en criant et en pleurant :
« Juifs,
mes frères ! Un projet d'extermination totale a été décidé contre
nous ! Faites Techouva, faites pénitence ! Peut-être que Dieu
nous prendra en pitié, nous pardonnera et nous sauvera ! »
Et l'appel
de Mordekhaï fut entendu ! Dans toutes les provinces de l'empire
perse, partout où l'on apprit l'affreux édit, les Juifs éclatèrent
en pleurs et prirent le deuil. Ils prièrent, ils jeûnèrent, ils se
repentirent de leurs fautes et supplièrent Dieu de les sauver.
Mais
Esther, dans son palais, ne savait rien de tous ces événements.
Ses
servantes firent brusquement irruption : « Majesté dirent-elles,
« nous venons de voir près des portes du palais Mordekhaï le Juif
vêtu d'un cilice, en train de pleurer et de crier ! » « Que se
passe-t-il ? » S'exclama la reine, très effrayée. « Ne sait-il pas qu'il
est interdit d'entrer en habit de deuil dans l'enceinte du palais ?
Apportez-lui immédiatement d'autres vêtements ! » Mais Mordekhaï
refusa de se changer. Esther, comprenant alors que c'était sérieux,
envoya Hatakh, son fidèle serviteur, lui demander des explications.
Mordekhaï
lui raconta en détail tout ce qui s'était passé, et lui montra même
la copie du terrible décret. Il fit demander à Esther de se rendre
chez le roi pour intervenir en faveur de son peuple.
La reine
fit alors répondre à Mordekhaï : « Tout le monde ici sait que
quiconque ose se présenter dans la salle du trône sans y avoir été
invité se rend passible de mort, sauf ? Si le roi lui tend son
sceptre. Or, cela fait déjà un mois que je n'ai pas été appelée ! » Mordekhaï lui transmit ce message : « Chère Esther, ne crois pas que
tu seras seule épargnée parmi tes frères ! Si tu préfères garder le
silence, Dieu les sauvera par un autre moyen, mais toi tu seras
punie. Tu ne peux pas attendre l'occasion d’être convoquée, car qui
sait si, à l'approche de la date fatidique, tu seras encore reine ? »
Esther lui
fit alors parvenir la réponse suivante : « Va, rassemble tous les
Juifs de Suse. Qu'ils ne mangent ni ne boivent pendant trois jours.
Moi, je ferai de même avec mes servantes. Ensuite, je me rendrai
chez le roi malgré l'interdiction, même si je risque la mort. »
Mordekhaï
fit ce que lui avait ordonné Esther, et tous les Juifs - les enfants
y compris - jeûnèrent sans interruption pendant trois jours
d'affilée.
Le
troisième jour, Esther revêtit ses habits royaux et se rendit
courageusement chez Assuérus. Elle adressa à Achem une ardente
prière pour qu'il lui permette de réussir dans sa dangereuse
mission. Et Dieu l'exauça. Dès que le roi, assis sur son trône, la
vit arriver, elle trouva grâce à ses yeux. Il lui tendit son sceptre
et Esther, encouragée par ce miracle, s'approcha pour en toucher le
bout ! Elle était sauvée !

« Qu'as-tu,
chère Esther ? » Lui demanda le roi. « Que veux-tu ? » Je suis prêt à
t'accorder jusqu'à la moitié du royaume !
« Je suis
venue inviter Sa Majesté, s'il lui plaît, ainsi que son ministre
Haman à un banquet que je leur ai préparé », lui répondit-elle. « J’accepte avec plaisir. Gardes ! Allez prévenir Haman qu'il est
invité chez la reine ! » ordonna Assuérus.
Assuérus et
Haman se rendirent donc chez Esther. Ils buvaient avec délectation
tous les vins qu'elle leur offrait... « Chère Esther », lui demanda
à nouveau le roi au milieu du banquet, « quelle est donc ta
requête ? Je suis prêt à t'accorder jusqu'à la moitié du royaume ! »
« Si j'ai
trouvé grâce à ses yeux, que Sa Majesté revienne avec Haman à un
nouveau banquet que j'offrirai demain. J'y révélerai tout ! »
Haman
sortit tout heureux de chez la reine. Quel honneur lui faisait-on,
mais voilà qu'il vit Mordekhaï, assis aux portes du palais, qui ne
se levait ni même ne bougeait à son passage ! Son cœur s'emplit
d'une violente colère qu'il eut grand-peine à contenir. Il
s’empressa de rentrer chez lui, réunit tous ses amis ainsi que sa
femme Zérech et leur raconta avec orgueil : « Vous savez à quel
point je suis riche et puissant. Après le roi, il n'y a pas plus
important que moi dans tout le royaume ! La preuve en est que la
reine n'a convié que moi au banquet qu'elle donne pour le souverain.
Elle m'a même invité avec lui une deuxième fois, pour demain. Mais
tout cela ne compte en rien pour moi, car dès que je vois Mordekhaï,
ce Juif, qui ose me narguer, cela me rend fou de rage ! »
Zérech et
tous ses amis lui proposèrent alors :
« Tu n'as
qu'à monter une potence haute de cinquante coudées et demain matin,
avant d'aller au banquet, demande au roi que l'on y pende Mordekhaï.
Tu pourras alors te rendre chez la reine le cœur tranquille. "
Le conseil
plut beaucoup à Haman et il se mit aussitôt à l’œuvre. Toute la
nuit, il travailla à construire dans sa cour une immense potence !
Quand il eut fini, il se dit :
« Ah ! Je
m'imagine déjà Mordekhaï pendu là-haut, balancé à tous les vents !
Mais je suis curieux de savoir ce que fait ce Juif en ce moment. »
De ce pas,
il alla chercher Mordekhaï. Et où le trouva-t-il ? Au Bet
Hamidrach, bien sûr, dans la maison d'étude où il enseignait la
Torah. Il était assis par terre, en tenue de deuil, entouré
de tous les petits-enfants. Ils jeûnaient depuis bientôt trois
jours. Tous pleuraient et priaient...
Ce
spectacle mit Haman au comble de la fureur. « Je vais faire tuer
tous ces enfants en premier ! » Se dit- il. Il ordonna de les
enchaîner et disposa des hommes pour les garder.
Les enfants
se mirent à sangloter de plus belle, et implorèrent Dieu de tout
leur cœur.
Achem entendit les cris de ces
petits qui n'avaient ni mangé ni bu pendant trois jours et, par leur
mérite, II pardonna aux enfants d'Israël. II eut pitié en voyant le
repentir de Son peuple et, dans le ciel, le terrible décret fut
aboli...

Cette
nuit, le sommeil du roi fut troublé... Dieu ne voulait pas laisser
de repos à Assuérus. Celui-ci s'était éveillé et ne parvenait pas à
se rendormir. II était intrigué par le suspens dans lequel Esther
l'avait laissé. Il se tournait et se retournait de tous les côtés.
Mais en vain. « Apportez-moi le Livre des Mémoires ! » Ordonna-t-il à
ses serviteurs. Les gardes (qui étaient des fils d'Haman) obéirent.
Ils ouvrirent le gros livre et tombèrent juste sur le passage où il
était relaté que Mordekhaï avait sauvé la vie au roi. Ils
s'empressèrent de le refermer pour l'ouvrir à une autre page. Mais
cette fois également, ils tombèrent sur ce récit ! Ils essayèrent
une troisième fois, mais là encore, c'était toujours la même page !
Assuérus
commença à s'impatienter : « Que se passe-t-il ? Lisez
donc ! » Cria-t-il.
Les gardes
furent obligés de lire : « Mordekhaï le Juif a sauvé la vie au
roi... » « C'est vrai, je m'en souviens. Au fait, quelle récompense
a-t-il reçu pour cela ? » questionna le souverain. « Euh... il n'a
encore rien reçu... » avouèrent les serviteurs.
À ce moment
précis, on entendit des pas dans la cour. C'était Haman, qui ne
tenait plus en place et qui voulait, dès la première heure, demander
au roi l'autorisation de pendre Mordekhaï. « Qui donc se promène ici
à une heure pareille ? » Demanda Assuérus, intrigué. « C'est Haman ! »
Lui répondit-on.
« Qu'on
l'introduise ! » Ordonna-t-il.
Haman
entra, tout heureux. Il n'espérait pas si bon accueil ! « Cher Haman
! » S'exclama Assuérus, « tu tombes bien ! J'avais justement besoin
d'un conseil. Que faire, à ton avis, à un homme que le roi veut
honorer ? De quelle manière peut-on le récompenser ? »
Haman pensa
dans son cœur : « Qui donc, à part moi, le roi chercherait-il à
honorer ? Evidemment, il ne peut s'agir que de moi-même ! » « Je
crois », proposa l'orgueilleux Haman, toujours avide de gloire,
« que le meilleur moyen de récompenser un tel homme serait de lui
rendre pour un jour tous les honneurs dignes d'un roi. Qu'on le pare
d'un costume et de la couronne de Sa Majesté. Que l'un des hauts
gradés de la Cour, après l'avoir ainsi préparé, lui fasse monter le
cheval royal, et le conduise à travers la ville en criant : « Ainsi
fait-on à un homme que le roi désire honorer ! »
« Très
bien, c'est une excellente idée ! » Acquiesça Assuérus. « Je vais
d'ailleurs te charger de préparer toi-même toute cette parade.
Dépêche-toi donc d'aller chercher le costume et le cheval comme tu
l'as dit, et habille ainsi Mordekhaï le Juif, qui est assis aux
portes du palais ! »
« Qu...
quoi !!! Qui donc ? » S'écria Haman, frappé de stupeur !
« Oui,
oui ! Mordekhaï le Juif ! » Confirma le roi. « Et veille bien à ne rien
oublier de tout ce que tu as proposé ! »
Quelle
catastrophe, quelle honte pour Haman ! Il fut obligé d'aller trouver
Mordekhaï, couvert de ses habits de deuil. Il dut le laver, le
coiffer et le vêtir du costume royal. Il l'installa sur le cheval d'Assuérus
et le guida dans les rues de Suse en criant :
Ainsi fait-on à un homme que le roi veut honorer !

Mordekhaï,
le Tsadik, chevauchant royalement et acclamé par la foule, ne
fut aucunement touché par l'orgueil. Il ne cessait de remercier Dieu
pour ce miracle. Quelle joie ce fut pour les Juifs de Suse de voir
leur Rav honoré ainsi comme un roi !
Le méchant
Haman avait une fille tout aussi mauvaise que lui. Lorsqu'elle vit
le cortège par la fenêtre, de loin, elle s'imagina bien sûr que
l'homme assis sur le cheval était son père et que celui qui tenait
les rênes ne pouvait être que Mordekhaï.
Que fit-elle ?
Elle versa sur le guide un seau rempli d'eau sale. Plouf ! Surpris
par cette douche humiliante, Haman leva la tête. Lorsque la fille
vit qu'il s'agissait de son père, elle fut terrifiée. Au comble du
désespoir, elle se jeta par fenêtre et se tua !
Après avoir
ainsi parcouru toutes les rues de la capitale, Mordekhaï retourna à
son jeûne et à ses prières. Quant à Haman, il revint à la maison,
fatigué, sale, mouillé accablé par son malheur. Comme il racontait
sa mésaventure à ses proches et à sa femme, ceux-ci dirent : « Si ce
Mordekhaï devant lequel tu as commencé à perdre ton prestige fait
partie du peuple juif, sache que tu ne pourras plus le vaincre. Tu
seras totalement battu par lui ! » Ils étaient encore en train de
parler que déjà des gardes firent irruption et emmenèrent Haman au
banquet d'Esther sans même lui laisser le temps de se laver et de se
changer !
Le roi et
Haman étaient donc attablés avec la reine... « Chère Esther »,
demanda cette fois encore Assuérus, « quelle est donc ta requête ?
Je suis prêt à t'accorder jusqu'à la moitié du royaume ! »
« Si j'ai
trouvé grâce aux yeux de Sa Majesté », répondit Esther, « et si Sa
Majesté veut bien accéder à ma prière, c'est ma vie que je demande,
c'est le salut de mon peuple ! Car nous avons été vendus, moi et mon
peuple, pour être tués et massacrés ! Si nous avions été vendus
comme esclaves, je me serais tue, car le roi en aurait tiré
profit. » « Qui est-il et où est-il, celui qui projette de faire une
chose pareille ? » S'écria le roi, en colère.
« C'est
lui, ce méchant ennemi, c'est Haman ! » Dit Esther en le montrant du
doigt. Haman fut abasourdi ! Quant à Assuérus, très irrité, il se
leva et quitta la salle du banquet pour prendre l'air dans le
jardin.
Haman,
affolé par l'accusation de la reine, se jeta à genoux devant elle et
implora sa pitié. Mais le roi, qui revenait, s'emplit de fureur
quand il vit son ministre tombé ainsi aux pieds du lit de la reine.
« Quoi ! » S'écria Assuérus, « tu oses même t'attaquer à ma femme
dans ma propre maison ! »
À cet
instant, un garde du nom de Harbona (c'était en réalité le prophète
Elie) ! Entra et dit : « Je suis venu informer Votre Majesté qu'il y
a dans la cour d'Haman une potence haute de cinquante coudées. Il
avait l'intention d'y pendre Mordekhaï qui a sauvé la vie au roi. »
« Eh bien, qu'on l'y pende lui-même ! » Ordonna
Assuérus. Ainsi, on
pendit Haman sur la potence qu'il avait préparée pour Mordekhaï, et
la colère du roi se calma.
Le
même jour, Assuérus transmit les pouvoirs d'Haman à Esther. Celle-ci
fit venir Mordekhaï, car elle avait maintenant révélé au roi qui il
était pour elle. Le souverain donna son anneau à Mordekhaï, et la
reine le nomma à la place d'Haman.
Mais sur
les Juifs planait encore la menace du terrible décret. Esther se
rendit une nouvelle fois chez le roi et tomba à ses pieds. En
pleurant, elle le supplia d'annuler cet édit. Assuérus lui tendit
son sceptre, la fit relever et lui dit : « Il est impossible
d'annuler un décret qui a été scellé de l'anneau royal. Toutefois,
j'ai donné ma bague avec mon cachet à Mordekhaï. Il peut donc écrire
de nouveaux édits comme bon lui semble et les sceller en mon nom. »
Mordekhaï rédigea alors de nouvelles missives et les cacheta au nom
du roi. Il y était dit que les Juifs étaient autorisés à se
rassembler et à se défendre contre ceux qui voulaient les massacrer,
le treize du mois d'adar. Des coursiers s'empressèrent de
remettre ces lettres dans toutes les provinces de la Perse.
Mordekhaï
sortit de chez Assuérus, vêtu d'habits royaux, d'azur et de pourpre
et ceint d'une couronne d’or ! La ville de Suse était en fête !
Quelle joie pour les enfants d'Israël ! Par quel miracle
extraordinaire Dieu les avait sauvés !
Ainsi, à
cette date qui aurait pu leur être fatale, les Juifs parvinrent à se
venger de ceux qui les haïssaient. Contrairement à ce qui aurait dû
se passer - venahafokh hou. Ce sont eux qui tuèrent un très
grand nombre de leurs ennemis. Personne ne leur résista. Ils
pendirent aussi les dix fils d'Haman !
Le
quatorze adar, quand les combats cessèrent, les Juifs
célébrèrent leur délivrance dans la joie.
Esther et
Mordekhaï rapportèrent tous ces événements dans une Méguila.
Ils instituèrent à la date du quatorze adar la fête de
Pourim, en souvenir du pour - du sort - avec lequel Haman
avait fixé son projet. En ce jour, les Juifs de toutes les
générations doivent se réjouir, lire la Méguila, s'envoyer
des cadeaux comestibles, donner de l'argent aux pauvres et remercier
Dieu qui, dans Sa grande miséricorde, les a sauvés si
miraculeusement.
Fin
Ce
compte est tiré du livre « La ronde de l’année » paru aux Editions
L’Arche du livre. Disponible dans les librairies juives.
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